"Mon voyage en Bretagne : Carnet de route" 1867-1868 Fanny Bury Palliser.
..............................................................
On s'est rendu à pied à la petite chapelle de Saint-Léonard, pittoresquement située sur un monticule. Elle fut construite par Charles de
Blois, à son retour de captivité en Angleterre, et dédiée par lui à Saint Léonard, le saint patron des prisonniers, contemporain de Clovis de qui il avait obtenu la permission de libérer tous ceux
qu'il trouverait en prison. Au mois de mai, tous ceux qui sont atteints de fièvre s'en vont chez Saint Léonard chercher, sur les murs de la chapelle, des escargots qui les guériront de leurs maux.
Il faut qu'ils les ramassent eux-mêmes, qu'ils les concassent et qu'ils les mettent dans de petits sacs qu'ils s'enrouleront autour du cou. Dès que la fièvre les quitte, ils s'en vont enterrer
leurs sacs au pied de la chapelle, et s'ils n'accomplissent pas cette cérémonie, la fièvre les reprendra. On a trouvé des quantités de ces sacs, faits de toile grossière, à moitié enterrés sous les
murs de la chapelle. Il y a ici, chaque année, un pardon à l'occasion duquel seulement la chapelle est ouverte. ..................................................................
par Rosalie
0
recommander
Mercredi 3 septembre 2008
Voyage en Bretagne, Par les champs et par les grèves - Gustave Flaubert
..........................................
Le calvaire, petit monument de granit, carré, dont chaque face représente un tableau de la vie de Jésus-Christ, et dont les quatre coins sont occupés par les évangélistes dans leurs attributions.
Les personnages, un peu lourds, n'en sont pas moins mouvementés, vivants, amusants : les hommes qui tiennent le Christ le lient de toutes leurs forces, à faire éclater leurs muscles ; celui qui lui
grimace au nez en tirant la langue grimace si bien qu'il fait rire ; l'âne qui porte Notre-seigneur entrant à Jérusalem a une vraie mine d'âne, bonasse et
pacifique : les soldats qui le mènent au calvaire, en soufflant de la trompe et
battant du tambour, sont précédés d'un officier chevauchant, la figure en l'air, avec une arrogance sublime ; aux pieds de la croix la Madeleine en pleurs répand sa belle chevelure tressée. mettez
à tous ces personnages les costumes des tableaux de Teniers, les petits chapeaux ronds retroussés, les bons pourpoints serrant de grosses bedaines, de grandes manches, des hautes chausses, de
larges visages, des yeux ouverts, et vous aurez un ensemble d'une fantaisie solide, quelque chose de très naïf, de très élevé et d'une poésie toute moyen âge, quoique le monument n'ait été
construit qu'en 1602 en acquittement d'un voeu fait quatre ans auparavant à propos de je ne sais quelle épidémie qui ravageait la Basse-Bretagne.
...........................................
N.B Voyage en Bretagne par les champs et par les grèves est un récit de voyage fort intéressant. Flaubert le fit en compagnie de Maxime Du Camp, mais dans mon édition de poche, l'éditeur n'a
retenu que la partie flaubérienne, dommage ! Je vais essayer de me procurer l'édition intégrale si toutefois elle existe.
par Rosalie
2
recommander
Extraits de Menhir
(Discours prononcé en août 1928 par le poète Saint-Pol-Roux à l'occasion de la restauration des alignements mégalithiques de
Lagatjar.
.......................................................................................................................
Carnac et Lagatjar sont des pages lumineuses que le temps n'a pas déchirées. Ces chefs-d'oeuvre ont persisté ; la science est venue nous
apprendre à les lire, comme par une énorme méthode Braille, en appuyant sur eux le regard de notre émotion.
Et ces pierres assemblées nous prennent comme une symphonie, car à les connaitre elles deviennent harmonieuses sous leur dureté, ces pierres n'étant dures, semble-t-il, à la longue, qu'à force de
tendresse accumulée.
En vérité, l'une suivant l'autre, ces pierres forment pour moi, Solitaire de Lagatjar et leur voisin immédiat depuis un quart de siècle, un clavier gigantesque où la touche blanche de la lumière en
majeur, tandis que l'énergie du ciel déploie la gamme des saisons et les arpèges des journées.
D'où ces alignements feraient penser à des grandes orgues de la vie, à la merci variable du vent allant du nordait au suroît, du suête au noroît, à de grandes orgues qui enregistraient pour nos
aïeux l'entrée et la sortie du Dieu-soleil et qui conseillaient tour à tour au primitif le geste des semailles comme aussi le geste de la faulx de silex, aiguisée sur le polissoir sacré qui
désignait le Nord.
Symboles d'équilibre et liberté, ces menhirs constituent dans leur ensemble un monument coupolé par le ciel ; voilà le témoignage, solennel de cet Âge de la Lumière où, entre l'Homme et la haute
Nature s'échange cette alliance faite de l'écliptique anneau des solstices et des équinoxes, au centre vrai duquel anneau triomphait, triomphe encore et triomphera toujours, au centre de la nuit,
le sublime bijou de l'Etoile Polaire.
...............................................................................................................
ruines du Manoir de Saint-Pol-Roux devant la mer d'Iroise
par Rosalie
0
recommander